Dernières évolutions dans le financement européen de projets innovants

Dernières évolutions dans le financement européen de projets innovants
  • financement européen

Publié le 12 novembre 2018

L’Union Européenne a depuis longtemps été un élément moteur de l’écosystème de l’innovation des entreprises européennes. Le FP8 (pour Framework Programmes 8), lancé en 2014 et baptisé « Horizon 2020 », arrive bientôt à sa fin. La Commission Européenne travaille actuellement sur le programme-cadre qui succédera à Horizon 2020, dans le cadre de la proposition sur le prochain budget de l’UE, pour la période 2021-2028.

Si peu d’informations sont pour l’instant disponibles à ce sujet, on sait d’ores et déjà que le budget proposé à date pour le FP9 est de 100 Mds €, et de nombreux enseignements peuvent être tirés des deux dernières évolutions majeures constatées au niveau des programmes européens.

Tout d’abord, l‘apparition de prix d’innovation dès 2016, contrastant avec les appels à projets utilisés jusqu’ici, vient récompenser les efforts fournis par des entreprises et autres organisations pour leurs développements et progrès liés à de nombreuses problématiques. Parmi les problématiques qui sont ou seront récompensées, on trouve des thématiques sociétales comme la mobilité des séniors (en accord avec les évolutions constatées au niveau de la population européenne), mais surtout de nombreuses thématiques techniques liées à l’impact environnemental de différentes industries.

 

Par exemple, le prix Horizon 2020« Materials for clean air », qui a été remis le 30 octobre 2018, a récompensé la Société Corning SAS France pour le développement d’une solution innovante de capture des particules fines dans l’air ambiant. La principale différence de ces prix d’innovation, par rapport aux appels à projets européens traditionnels, porte sur le fait que la CE finance a posteriori les développements, sans demander de contrepartie de la part du lauréat.

Ainsi, l’entreprise, le consortium, ou l’université candidatant, a déjà supporté les coûts liés à ce développement, et dispose déjà d’une solution à TRL compris entre 8 et 9 lorsque le prix est attribué. Cela vient donc compléter l’offre de financement de la CE, qui s’arrête généralement à TRL7. En outre, ces prix Horizon ont pour vocation de stimuler l’innovation et répondre aux préoccupations des citoyens européens. Ils sont destinés à quiconque peut, le plus efficacement possible, relever un défi défini. L’objectif est ainsi de décloisonner les solutions proposées et de faciliter l’émergence d’innovations disruptives.
Ce point a plus particulièrement été illustré par une intervention de Bertrand Piccard lors de la conférence européenne « 
INDustrial TECHnologies 2018: Innovative industries for smart growth », organisée et cofinancée par le programme H2020 du 29 au 31 octobre 2018 à Vienne (Autriche). Bertrand Piccard est à l’initiative du projet Solar Impulse qui a permis de réaliser le premier tour du Monde en avion propulsé uniquement par l’énergie solaire. Durant l’INDTECH 2018, il a indiqué que les experts du secteur aéronautique avaient principalement insisté sur les difficultés liées à son projet, qu’ils jugeaient techniquement trop complexe. Pour que la solution puisse émerger, il a donc fait appel à des experts d’autres secteurs (horlogerie, industrie navale, industrie énergétique), qui n’avaient pas d’aprioris quant à la difficulté technique de la problématique posée. 

La deuxième évolution significative démontre aussi cette volonté de disruption. En effet, depuis fin novembre, l’Instrument PME, appel à projet récurrent de la CE réservé aux PME, ne fait plus la distinction entre les secteurs d’innovation, et vise à financer des projets novateurs, quel que soit le domaine d’application. Cette évolution permet d’avoir une compétition saine entre des entreprises travaillant sur des sujets différents, tout en s’alignant avec les demandes et tendances remontant du terrain.

En effet, la CE a pu constater que l’Instrument PME avait le plus souvent un fort effet de levier, donnant l’opportunité à la startup ou PME obtenant ce financement de réaliser une levée de fonds bien plus ambitieuse. En outre, la méthodologie d’évaluation des projets a également évolué, pour se rapprocher des pratiques répandues dans le capital-investissement. Ainsi, une première sélection se fait sur la base de dossiers, présentant de nombreuses similarités avec les business plans. La sélection finale se fait sur la base de soutenances orales, reprenant la structure d’un pitch d’une dizaine de minutes, suivi de 20 minutes de questions. Cela permet donc aux candidats de choisir les informations qu’ils vont apporter aux examinateurs, et de mettre l’emphase sur leur disruption. Il est aussi possible d’analyser cette tendance comme la volonté de la CE de s’éloigner des méthodes d’évaluation du monde académique, pour se rapprocher de celles du monde entrepreneurial.

En conclusion, la CE et le programme H2020 confirment leur transition pour s’adapter aux évolutions rapides du monde d’aujourd’hui. On peut plus particulièrement retenir la volonté de décloisonner l’innovation, pour favoriser les solutions disruptives, et l’adoption de pratiques issues du monde entrepreneurial pour l’évaluation des projets. De nombreux acteurs de l’écosystème du financement de l’innovation espèrent que ces évolutions seront reconduites dans le Framework Programme 9, afin de donner un impact encore plus important aux solutions récompensées.


Par Ahmed KARIMINE, consultant en financement de l’innovation, ACIES | ABGI

 

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